« L’intervalle » – Livre d’artistes de Vahé Godel, Leon Diaz-Ronda et Marc Pessin

Lettrine A - 4-1393 l’occasion du Rendez-vous du bibliophile du 22 février 2013, les livres d’artistes et recueils des poètes invités à Annecy, dans le cadre du Printemps des poètes (Partage des voix), ont été présentés au public.

Parmi eux, se trouvait un livre d’artistes intitulé « L’intervalle ». Tiré à 20 exemplaires, cet ouvrage rare conservé à la bibliothèque (portant le n°5/20) se présente sous un format oblong : 26 x 51 cm.

Achevé en décembre 1988, aux éditions « Le verbe et l’empreinte », il met en résonance des textes du poète Vahé Godel et des gravures de Leon Diaz Ronda.

La couverture aux rabats rempliés est ornée d’empreintes géométriques en creux suggérant des intervalles. Elle a été réalisée par Marc Pessin qui n’est autre que l’éditeur du livre.

Marc Pessin (1933- ) s’installe à Saint-Laurent-du-Pont, dans le massif de la Chartreuse, après avoir connu une vie parisienne riche en rencontres littéraires et artistiques. Graveur, sculpteur, calligraphe, il a plusieurs flèches à son arc et réunit autour de ses passions de grand noms de la littérature. Il fonde la maison d’édition « Le verbe et l’empreinte » en 1965 et collabore avec des auteurs comme Andrée Chedid, Jean-Paul Sartre, Alain Bosquet, Michel Butor ou encore Léopold Sedar Senghor. La somme de ses publications de grande qualité (près de mille titres) constitue un véritable trésor bibliophilique.

  . 

Vidéos de l’expo virtuelle « Marc Pessin ou l’univers des signes »
réalisée pour le site Lectura, par la Bibliothèque municipale de Grenoble.

.
L’auteur de « L’intervalle » est Vahé Godel : poète suisse de langue française, né en 1931 à Genève d’une mère arménienne et d’un père suisse linguiste de renom, spécialiste de la langue arménienne. Longtemps professeur de Lettres au Collège de Genève, il a publié de nombreux ouvrages (recueils, récits, essais) et traduit des poètes arméniens anciens & modernes.

Dans ce livre d’artistes, les textes sont entièrement manuscrits, de la main même de l’auteur.

Les écrits, mis bout à bout, pourraient constituer un seul et même texte. Le rythme, porté par la présence des points de suspension, s’impose naturellement au lecteur. Le poète nous invite à porter notre attention sur ce que l’on perçoit rarement : le paradoxe des ruptures qui produisent du liant, comme c’est le cas pour un intervalle.
Il met en lumière, dans la forme comme dans le fond, l’importance des écarts qui assemblent les réseaux, les collectifs, les langages :

« […] tout se passe dans l’entre-deux…

… rien n’existe qui ne soit le fruit d’une rupture, rien ne prend forme, rien ne s’incarne qui ne résulte d’un éclatement, d’une perte, d’un cataclysme… » (p. 3 et 4)

Comme l’indique le colophon, « L’intervalle » est rehaussé de 14 gravures en couleur. Réalisées par l’artiste Leon Diaz Ronda, elles font appel à une superposition de techniques caractéristique des créations de cet artiste.

Leon Diaz Ronda est né à Madrid en 1936. Initié à la peinture, l’écrit, le théâtre et la musique, il quitte l’Espagne en 1967 pour s’installer en France, où il expose et collabore à la réalisation de livres d’artistes.

Il développe son art de manière atypique, en croisant les procédés artistiques, pour aboutir à des gravures hors du commun :

« Il affine ses trouvailles et par transfert de la photographie, il obtient un fond permettant de choisir un paysage dans lequel construire un monde, entre réalité et imaginaire, entre l’ombre et la lumière des structures; monde laissant entrevoir, dans une atmosphère dorée, des formes à peine esquissées, des fragments de réalité et de rêve. […]

Autre voie, autre technique, proche de l’icône. Leon Diaz-Ronda fait des transferts de photographies sur toile ou sur bois, il les illumine à nouveau, il les retouche pour créer une nature autre qui n’a rien à voir avec la photographie, tout en s’en servant, et créer une autre réalité en marge de toute référence.

[…] la photographie, ici, dans l’œuvre actuelle de Diaz-Ronda, agit comme source d’inspiration, comme image donnée qu’il faut ensuite altérer au point d’en faire un poème lyrique en couleurs, parmi des touches de réalité: «Poésie sans poèmes» comme l’indique Octavio Paz, dans «L’arc et la Lyre». Cela devient une peinture du métissage, de l’épure, photographie sans papier, ni protagoniste, écho lointain qui chemine à travers le palais des yeux d’une déesse, qui exhale le sentiment du mystère ; accord parfait de la peinture dans le flux de la présence. »*

Vous pouvez demander à consulter ce livre au 1er étage de la bibliothèque Bonlieu, secteur Patrimoine.

Références du document :

L’intervalle, Vahé Godel, 1988, fonds de bibliophilie contemporaine, cote : BC 39

.
Article de Guillaume – Patrimoine/Bibliothèque Bonlieu

Note :
*
citation de Tomas Paredes Romero, journaliste, poète, Président de l’Association de critiques d’Art de Madrid. Extraits, traduits par Chantal Arnould, du catalogue de l’exposition de Leon Diaz-Ronda (en 2003) à Jaén (Espagne) au Palais de Villadompardo.

Pour aller + loin :
– Découvrez les biographies détaillées de Vahé Godel et Leon Diaz-Ronda
– Téléchargez le programme dépliant du Partage des voix 2013
– Accédez à l’expo virtuelle « Marc Pessin ou l’univers des signes » sur le site Lectura
– Renseignez-vous sur les prochains Rendez-vous du bibliophile