« Les vieux arbres de la Normandie » – Henri Gadeau de Kerville

é à Rouen en 1858, Henri Gadeau de Kerville est un homme accompli : zoologiste, botaniste, archéologue et spéléologue, photographe à ses heures perdues, voyageur et penseur infatigable, il est en cela fidèle à sa devise, « Matière et mouvement ; Tout pour l’humanité ».
Enfant déjà il se passionne pour les sciences naturelles, ses premières explorations lui permettent, à quinze ans, de découvrir une nouvelle espèce de coléoptère ; il tient là le sujet de son premier texte scientifique.

Quelques années après il décide de consacrer ses recherches à la botanique, il entreprend de recenser tous les arbres dignes d’attention dans la région normande, afin d’établir une sorte de catalogue. L’ouvrage était publié à l’origine sous forme de fascicules, dont la réunion permettait de composer le gros volume que nous avons sous les yeux :


Il regroupe les trois premiers fascicules, publiés en 1890, 1892 et 1894 ; la bibliothèque conserve aussi le quatrième fascicule, non relié.


Le sous-titre indique qu’il s’agit d’une « étude botanico-historique » : l’auteur projette de fonder son analyse sur l’observation, bien sûr, mais il estime nécessaire d’y intégrer l’histoire et le milieu naturel de l’arbre, selon les principes de la botanique géographique.

« C’est vraiment une étude pleine d’intérêt que celle des vieux arbres, de ces vénérables patriarches du monde végétal, les uns développés sous la seule action de la nature, les autres cultivés, soit dans un but pratique, soit dans un but ornemental, soit à un point de vue religieux ou hygiénique. » (p. 206)

Voici donc un ouvrage de vulgarisation qui propose d’adjoindre les nouvelles technologies aux études scientifiques, ainsi ce sont des « reproductions exactes de photographies » qui accompagnent le texte. Sont ainsi présentées au lecteur 61 pages illustrées, toute inédites, et « faites sur les photographies de l’auteur » : le procédé de photogravure permet à la fois fantaisie et précision, l’auteur explique ainsi dans la préface avoir pris parfois quelques libertés avec la nature, dans une visée esthétique.

Le dessin de la reliure en toile, ceux de la page de titre et de la première lettrine sont l’œuvre de l’architecte-aquarelliste Jules Adeline. L’arbre qu’il a choisi pour illustrer la couverture n’est autre que le célèbre chêne d’Allouville-Bellefosse, que l’on peut encore visiter aujourd’hui :


Promenons-nous dans les bois: le chêne d… par France3Haute-Normandie

Le volume est dédicacé à un « savant collègue », Marc Le Roux : biologiste et archéologue, ce membre de l’Académie florimontane était alors conservateur du Musée d’Annecy.

Outre la description minutieuse de chaque arbre (situation actuelle, nature du sol, description, âge actuel, historique, bibliographie, iconographie), l’auteur fait le récit des légendes ou histoires auxquelles ils sont liés. Henri Gadeau de Kerville insiste sur la nécessité de protéger ces arbres, de les préserver de tout dommage :

« À tous égards, les vieux arbres méritent le respect, et nous devons les conserver par tous les moyens possibles ; aussi est-il désolant de voir des gens inconscients ou stupidement vaniteux leur causer parfois un réel dommage, non seulement au point de vue artiste, mais au point de vue de leur existence même, en gravant leur nom dans l’écorce. » (p. 206)

L’auteur insiste sur l’intérêt poétique, presque philosophique de ces arbres, ils sont supports de méditations, de réflexions, mais aussi motifs d’inspiration. S’ils ne produisent rien, s’ils ne rapportent rien, ils sont néanmoins pour quelques uns d’essentielles nourritures spirituelles.

« Les vieux arbres inspirent des idées poétiques aux personnes dont le cerveau n’est pas imbibé d’un utilitarisme atrophiant » (p. 334)

Son illustre contemporain, Léon Bloy, écrivain et polémiste, dénonce ainsi dans l’un de ses romans le sort fait aux arbres non-productifs :

« L’un des signes les plus caractéristiques du petit bourgeois, c’est la haine des arbres. Haine furieuse et vigilante qui ne peut être surpassée que par son exécration célèbre des étoiles ou de l’imparfait du subjonctif. Ils ne tolèrent, en frémissant de rage, que les fruitiers, ceux qui rapportent… » (Léon Bloy, La Femme pauvre, p. 317)

Vous pouvez demander à consulter ce livre au 1er étage de la bibliothèque Bonlieu, secteur Patrimoine.

Références du document :

Les vieux arbres de la Normandie, H. Gadeau de Kerville, 1891-1899, fascicules I à IV, cote :  MC 4° 744

Article de Séverine – Animation/Bibliothèque Bonlieu

Pour aller + loin :
– Lisez ce dossier complet sur l’ouvrage « Les vieux arbres de la Normandie »
– Découvrez le Fonds Gadeau de Kerville des bibliothèques de Rouen

– Lisez la biographie détaillée de Gadeau de Kerville sur Wikipedia
– Lisez cet article sur le Chêne d’Allouville-Bellefosse, ainsi que l’article Wikipedia
– Voyez les autres ouvrages de Gadeau de kerville conservés à la bibliothèque

5 réflexions au sujet de « « Les vieux arbres de la Normandie » – Henri Gadeau de Kerville »

  1. bonjour
    excellent article , j’ai pris bcp de plaisir à le lire , merci ^^
    cordialement

  2. Appreciate it for all your efforts that you have put in this. Very interesting blog.

  3. C’est remarquable…
    Connaissez-vous le chêne géant de Saint Martin Bellevue ?

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