« Savoie », « Haute-Savoie » : petit voyage à travers l’histoire des guides touristiques

uelles que soient la destination ou la durée des vacances, les guides de voyage sont aujourd’hui presque incontournables. Ils font partie de notre quotidien et se sont développés avec le tourisme et le chemin de fer.

Rapide historique des guides de voyage :

Les ancêtres de nos guides étaient sur parchemins et destinés aux pèlerins allant à Rome, Jérusalem ou Compostelle.
Le premier grand guide imprimé date de 1552, il s’agit de « Le guide des chemins de France » de Charles Estienne.

De 1708 à 1850, en France, paraissent annuellement les livres de poste qui retracent les différentes routes et indiquent les relais de poste et leurs tarifs. Ils n’ont pas encore adopté la fonction actuelle des guides de voyage qui est de fournir tous les renseignements pratiques dont le voyageur a besoin. Toutefois, ils comportent généralement une carte ainsi que les itinéraires empruntables.

Le chemin de fer, qui connaît un développement important de 1848 à 1914, causera la fermeture des relais de poste, et donc la fin de ces livres. Cependant, les trains vont faciliter les déplacements et l’essor du tourisme. Ainsi de nombreux éditeurs profiteront de cette occasion pour donner au voyageur les informations qu’il recherche, vendant leurs guides directement dans les gares. Les premiers étaient les guides Bourdin, mais très vite, Hachette rachète ces titres pour créer les Bibliothèques des chemins de fer en 1853, prenant exemple sur les Anglais. Les premiers guichets proposant de la lecture aux passagers des trains sont ainsi créés. Cette collection prendra le nom de Guides Joanne en 1857, du nom du directeur de publication (Adolphe Joanne), et deviendra les fameux Guides Bleus à partir de 1919.

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Les grands éditeurs ne sont pas les seuls à produire des petits guides à destination des touristes. Les érudits locaux attachés à leur région d’origine ou d’adoption sont nombreux à publier des guides décrivant les paysages, les villes et l’histoire. En ce qui concerne la Savoie et la Haute-Savoie, Gabriel de Mortillet, archéologue et anthropologue français ayant essentiellement travaillé sur la Préhistoire, a publié plusieurs éditions d’un « Guide en Haute-Savoie » dans les années 1870. De même, Jules Philippe, né à Annecy en 1827, journaliste et historien, a écrit un ouvrage sur « Annecy et ses environs » en 1860. Le style d’écriture est toutefois plus littéraire que descriptif.
Les syndicats d’initiatives, quant à eux, éditent leurs propres documents, parfois distribués gratuitement, pour conseiller le voyageur dans sa découverte de la région.

Les guides sont devenus pratiques, facilement transportables, contiennent de nombreuses informations et sont mis à jour très régulièrement. Le style littéraire est désormais totalement différent de celui des récits de voyage : on retrouve des pages pratiques concernant le transport, l’hébergement, les lieux ou monuments à visiter, le tout agrémenté de cartes, plans et parfois quelques illustrations.


Au XIXe siècle, les commentaires concernant les monuments importants ne sont pas toujours élogieux. On retrouve par exemple dans le guide Joanne « Savoie » de 1898, le passage suivant à propos des anciennes prisons d’Annecy :

« On croise cette rue pour franchir deux bras du Thioux, qui en cet endroit forment une île renfermant les anciennes prisons, dépendance du château des Ducs de Nemours. Ces vieilles constructions, branlantes et appelées à disparaître prochainement portent le nom pompeux de Palais de l’Isle (…) ».

Les guides imprimés sont considérés comme bon marché, peu chers et donc jetables. Grâce aux nombreuses rééditions dont ils font l’objet, on les retrouve assez facilement en bibliothèque, même si l’on est loin de posséder toutes les parutions et toutes les destinations. Généralement, les bibliothèques conservent dans leurs fonds locaux les guides concernant leur région. Ces derniers, qui peuvent paraître banals, nous fournissent de nombreuses indications sur l’évolution du tourisme et des déplacements, sur la perception d’une région ou d’un pays mais également sur les villes elles-mêmes (les évolutions urbanistiques, les événements passés, etc.).

Zoom sur :

« Les routes des Alpes, du Dauphiné et de la Savoie, avec profils des pentes des routes alpestres », de Henri Ferrand, 1897-1899.

J’ai choisi de m’attarder sur ce petit guide au format original et au titre interpellateur. En effet, il s’agit d’un guide destiné aux cyclistes et aux automobilistes des régions alpestres. Le chemin de fer ayant tardé à arriver dans ces régions au relief difficile, les voyageurs devaient venir en voiture ou bien choisir le vélo pour se déplacer. C’est pourquoi le Club Alpin Français ainsi que les syndicats d’initiatives ont décidé de publier cet ouvrage : des itinéraires et des descriptions sont ainsi proposés comme dans les guides classiques. Le petit plus : des schémas donnant le profil des pentes, leur inclinaison et l’altitude pour chaque ville, village ou hameau.

Quelques références :

Voici des exemples de guides présents dans le Fonds Savoie de la Bibliothèque de Bonlieu, que vous pouvez consulter sur place en vous adressant au bureau du 1er étage :

Annecy et ses environs, Jules Philippe, 1860, cote : SLD 84
Guide en Haute-Savoie, Gabriel de Mortillet, 1874, cote : SLD 364
Annecy, son lac et ses environs, Syndicat d’initiative de l’arrondissement d’Annecy, 1896, cote : SLA 2554
Savoie, Paul Joanne, 1898, cote : SLD 81
La Haute-Savoie – Guides du touriste, du naturaliste et de l’archéologue, Marc le Roux, 1902, cote : SLD 86
Savoie, Les guides bleus, 1931, cote : SLD 902
En Haute-Savoie. Annecy, son lac, ses montagnes, Paul Guiton, 1935, cote : SLA 3452

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Article de Julie – Secteur Adultes/Bibliothèque Bonlieu

Pour aller + loin :

Une réflexion au sujet de « « Savoie », « Haute-Savoie » : petit voyage à travers l’histoire des guides touristiques »

  1. Je suis tombé sur votre blog par hasard et c’est exactement l’information que je recherchais depuis bien longtemps.

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