« L’époque du renne au pied du mont Salève » – François Thioly

ne brochure rare intitulée « L’époque du renne au pied du mont Salève », par François Gédéon Thioly, se trouve dans le fonds Savoie de la bibliothèque d’agglomération Bonlieu.

Editée en 1868 à Annecy, par l’imprimerie Louis Thésio, elle décrit avec précision la découverte d’un abri préhistorique aux abords de Veyrier (en Suisse). Nous savons aujourd’hui qu’entre 12 000 et 10 000 ans avant J.-C, les alentours du Salève ont été un important centre d’activité magdalénien.

Dès 1833 le médecin genevois François Isaac Mayor, puis le pasteur Taillefer entreprennent des fouilles.
En 1865, le chirurgien dentiste genevois Thioly (1831-1917), amateur d’études préhistoriques et auteur de cette brochure, explore à son tour la montagne ; il s’intéresse plus précisément au passé de la falaise en limite de Veyrier.
Il repère un abri (situé à 100 m. environ au sud-ouest de la grotte Taillefer) et décide de louer l’emplacement afin de l’explorer¹. Avec l’aide du géologue Alphonse Favre et de quelques ouvriers, il s’aventure dans la caverne² :

« Après quelques travaux de déblaiement, Thioly put pénétrer dans une sorte de grotte formée de trois énormes rochers en calcaire, s’appuyant par le haut et s’écartant par le bas. Entre ces blocs se trouvait un espace vide qui a dû être plus considérable encore, si l’on en juge d’après les agglomérats qu’il fallut enlever pour atteindre la couche archéologique. La caverne, après avoir été débarrassée de ces derniers agglomérats, mesurait huit mètres dans sa plus grande longueur, cinq en largeur et deux en hauteur. » (source : Archives suisses d’anthropologie générale, volume de 1914 à 1918)

Les trouvailles dépassent toutes ses espérances : ossements d’animaux, nombreux silex, outils en os et en bois (ciseaux, pointes de sagaies, aiguilles à chas, bâtons percés). Il s’empresse de les faire connaître en publiant ce texte dans la revue savoisienne et dans cette brochure.
La pièce la plus prestigieuse est un bâton osseux (parfois mentionné comme étant du bois de renne), presque complet, portant sur une face la gravure d’un bouquetin des Alpes (mâle) et sur l’autre un motif végétal. L’ensemble est très bien réalisé. L’objet, représenté sur l’unique planche du document, est dessiné par Louis Revon.

Parmi les nombreux restes d’animaux découverts (lièvre, lapin, marmotte, blaireau, bœuf, cerf, oiseaux, etc), Thioly fait authentifier des bois de renne³ et permet aux scientifiques d’établir un lien étroit entre les chasseurs de renne de cette station magdalénienne de Veyrier à ceux de la Dordogne.

Les collections constituées par François Thioly sont acquises en 1896 par le docteur Gosse, pour le Musée archéologique de Genève. Aujourd’hui, ces objets sont conservés au Musée d’Art et d’Histoire de la ville de Genève (Le bâton percé, finement gravé, porte le n° d’inventaire A 8816).

Les travaux d’exploitation de carrières entraînent peu à peu la destruction de la grotte fouillée par Thioly. La dégradation en est déjà fort avancée lorsqu’est prise, en 1890, la photographie ci-après :

En mai 1916, Raoul Montandon et Louis Gay découvrent un gisement paléolithique situé à 5oo m. environ au sud de cet ancien abri. En même temps qu’un squelette d’homme dolichocéphale, les recherches permettent de constater en effet la présence du renne, du chamois et du bouquetin.

Vous pouvez demander à consulter cette brochure au 1er étage de la bibliothèque Bonlieu, secteur Fonds Savoie.

Les références de l’ouvrage sont :

L’époque du renne au pied du mont Salève, F. Thioly, Fonds Savoie, cote : SLA br 190

Vous pouvez lire et télécharger le Ebook complet (6,7Mo) de cette brochure ci-après :

L’époque du renne au pied du mont Salève
– Thioly (© annecylibris.agglo-annecy.fr/)

Article de Guillaume – Patrimoine/Bibliothèque Bonlieu

Notes :
¹ « On doit reconnaître que l’exploration fut conduite avec plus de méthode qu’on ne pouvait l’attendre de la part d’un amateur; Thioly a négligé, il est vrai, la stratigraphie, mais cette lacune est beaucoup moins importante ici qu’ailleurs, la couche archéologique de la station, qui était constituée par un conglomérat très dur, présentant une parfaite homogénéité. » (source : Archives suisses d’anthropologie générale (anthropologie, archéologie, ethnographie), volume de 1914 à 1918)
² « ce n’est pas l’entrée primitive de la grotte qui a été mise à découvert par le travail des carriers, mais au contraire la partie postérieure située à plusieurs mètres au-dessous du sol, et c’est par là que Thioly conduisit ses fouilles. La véritable entrée se trouvait au point opposé, sur le plateau, et se prolongeait par un étroit couloir en pente, qui permettait aux troglodytes de se glisser jusqu’au fond de l’abri. » (source : Archives suisses d’anthropologie générale (anthropologie, archéologie, ethnographie), volume de 1914 à 1918).
³ On sait que la présence des restes du renne à Veyrier n’a été constatée, pour la première fois, qu’en 1861 par Edouard Lartet, d’après quelques os recueillis en 1834 par le pasteur Taillefer :
« Parmis ces os qu’un heureux hasard a fait passer sous mes yeux, je n’ai retrouvé, en fait de grands animaux, que des restes de bœuf, de cheval et de renne». (source : Nouvelles recherches sur la coexistence de l’homme et des grands animaux fossiles, Annales des Sciences naturelles, 1861, t. XV, p. 227.)

Pour aller + loin :

– Lisez les articles en ligne sur la découverte de Thioly dans les volumes 1 et 2 des Archives suisses d’anthropologie
– Lisez l’article en ligne « La station paléolithique de Veyrier » dans le Bulletin de la Société préhistorique française de 1908, n°5.
– Voir également dans nos collections, du même auteur : « Débris de l’industrie humaine trouvés dans la Caverne de Bossey, fouilles de 1864. » et « Epoques antéhistoriques au Mont Salève : restes d’habitations sous des voutes et traces d’un refuge : fouilles de 1865 et 1866. »