« Notice sur la découverte de cadavres après quarante et un ans de séjour dans la glace » – Edmond de Catelin (Stéphen d’Arve)

ne brochure très rare intitulée « Notice sur la découverte de cadavres après quarante et un ans de séjour dans la glace » se trouve dans nos fonds anciens.

Editée à Chamonix, en 1861, par le naturaliste Venance Payot, elle fait partie d’un ensemble d’ouvrages donnés à la bibliothèque d’Annecy par ce dernier. Sur la deuxième de couverture, on peut observer une des étiquettes papier du naturaliste.

L’auteur de cette brochure est le vicomte Eugène Edmond Camille de Catelin (1820-1909), plus connu sous le pseudonyme Stéphen d’Arve. Homme de lettres, il fut Commissaire de police à Chamonix de 1861 à 1868 avant d’être affecté à Chambéry. Adepte de l’alpinisme et passionné de haute montagne, il s’improvise journaliste des Alpes. Il fonde ainsi le journal « L’Abeille de Chamonix ».

Cet ouvrage est le premier à relater une découverte de débris humains dans un glacier du Mont-Blanc.

Le 15 août 1861, en effet, un guide revenant d’une excursion au glacier des Bossons apporte aux autorités des restes humains et des objets.
Les trouvailles sont installées en urgence sur la table du Conseil, au beau milieu de la mairie de Chamonix. Une autopsie sommaire est effectuée par le médecin Million et l’auteur
¹, non sans émotion. Ils dressent et signent un procès verbal où sont minutieusement inventoriées les dépouilles.

Deux corps sont rapidement distingués et une forte hypothèse sur leur identité s’impose : il s’agirait de Pierre Balmat et Pierre Carrier.

Ces guides avaient disparu dans la catastrophe du 20 août 1820, emportés par une plaque à vent au niveau des Rochers Rouges. Ils ouvraient la marche d’une caravane formée par le docteur Hamel,Conseiller aulique du Tsar de Russie, alors chargé d’une mission scientifique².

De Catelin mène son enquête pour établir la véracité des liens entre ces restes et la catastrophe de 1820. Il rapporte, aux pages 3 à 5, le précieux récit des évènements tragiques d’après les témoignages directs qu’il recueille auprès de deux survivants : Joseph-Marie Couttet et Julien Desvouassoux.

Les précisions des deux rescapés ne laissent aucun doute possible.

Un an après la publication de cette brochure, en 1862, les restes d’un troisième corps sont retrouvés. Il s’agit d’Auguste Tairraz, le premier guide à avoir chuté dans la crevasse, et donc le dernier rendu par le glacier. Les scientifiques de l’époque décident de conserver un membre entier, son pied, et divers objets. Sur décision du conservateur Louis Revon, ces derniers sont exposés plusieurs années au musée d’Annecy, dans un « cénotaphe à parois vitrées » (selon les termes employés à l’époque par le musée) et suscitent la curiosité du public³.

Ces dépouilles rejetées par la marche du glacier ont beaucoup ému la population et ont donné libre cours à l’imagination des touristes et des journalistes qui colportèrent et déformèrent les faits comme s’ils en avaient tous été témoins.

Les récits d’ascensions et de catastrophes formaient l’essentiel de la littérature alpine du XIXeme siècle, la plupart n’étaient pas réédités après épuisement. Ce document original a donc une grande valeur patrimoniale.

Vous pouvez demander à consulter cette brochure au 1er étage de la bibliothèque Bonlieu, secteur Patrimoine.

Les références de l’ouvrage sont :

Notice sur la découverte de cadavres après 41 ans de séjour dans la glace, E. de Catelin, Fonds Payot, cote : P 271

Vous pouvez lire et télécharger le Ebook complet (5Mo) de cette brochure ci-après :

Notice sur la découverte de cadavres après quarante et un ans de séjour dans la glace
– De Catelin (© annecylibris.agglo-annecy.fr/)

.
Article de Guillaume – Patrimoine/Bibliothèque Bonlieu

Notes :
¹ Dans cette brochure, l’auteur mentionne « le commissaire spécial » à la 3eme personne. En fait il s’agit bien d’Edmond de Catelin lui-même. Il semble qu’il ait souhaité (par prudence ou modestie ?) distinguer son activité journalistique et sa profession de haut-fonctionnaire.
² Les hommes effectuaient cette ascension avec des instruments de physique et une cage renfermant plusieurs pigeons devant être lancés à différentes altitudes pour étudier la densité de l’air.

³ « Dans le musée de ce conservateur-pédagogue prennent place également quelques curiosités scientifiques  macabres : des restes humains découverts dans une crevasse du Mont-Blanc entre 1861 et 1864, et provenant de la catastrophe Hamel du 20 Août 1820, censés témoigner de la capacité des glaciers à conserver et restituer les corps. L’écrivain H. Bordeaux s’en émeut lors d’une visite à Annecy en 1930. L’autorisation sera  alors donnée par l’Inspection des Musées de procéder à l’inhumation de ces restes. » [source : Brigitte Liabeuf in La rubrique des patrimoines de Savoie n°23, juillet 2009.]

Pour aller + loin :
♦ Vous trouverez des détails et informations complémentaires sur la catastrophe de 1820 et la découverte des cadavres dans l’ouvrage du même auteur « Les fastes du Mont-Blanc, ascensions célèbres et catastrophes depuis M. de Saussure jusqu’à nos jours » et dans celui d’Alexandre Dumas (père) « Impressions de voyage en Suisse ».
♦ Voyez le site de la Compagnie des guides de Chamonix
♦ Lisez un résumé de la catastrophe de 1820 sur le site Mont-Blanc
♦ Visitez l’expo virtuelle sur le naturaliste Venance Payot

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