La diffusion de l’art à travers les revues du début du XXème siècle

es revues d’art éditées au XXème siècle constituent un accès privilégié à la création, un observatoire de l’art vivant.
Les textes et les œuvres inédits qu’elles présentent, les entretiens avec les artistes à un moment donné de leur création, les dialogues et polémiques permettent de comprendre comment les œuvres se forment, en écho à une théorie ou en opposition à un parti pris.
De plus, leur lecture permet de découvrir des auteurs qui, faute d’avoir publié des livres ou enseigné dans de célèbres écoles, sont aujourd’hui oubliés, alors que leurs analyses ont eu une influence sur la création de leur époque.

Le fonds de bibliophilie contemporaine de la bibliothèque Bonlieu comporte deux collections de revues d’art.

Tout d’abord, la publication « les Cahiers d’art », est une des plus grandes revues d’art du XXe siècle.

Fondée par Christian Zervos, elle aura une grande influence sur l’activité artistique française et européenne. Pendant une trentaine d’année – avec une interruption pendant la guerre –, les Cahiers d’art publient des articles, des analyses et des comptes rendus, se concentrant sur la peinture et la sculpture, tout en s’intéressant au cinéma, au théâtre et à l’architecture (à l’exclusion toutefois des arts décoratifs que Zervos n’apprécie guère).
Si la maquette et la typographie restent classiques, les reproductions, en noir et blanc, sont nombreuses et de grande qualité. Christian Zervos crée cette revue en se détournant des auteurs convenus du milieu de l’art pour s’entourer de contributeurs à la pointe de leurs domaines. Pour l’architecture il fait appel au théoricien Siegfried Giedion, pour l’art contemporain à Paris il charge son compatriote grec Tériade de visiter les expositions et les ateliers. Pour l’actualité en Allemagne, il se tourne vers Will Grohmann, auteur de monographies sur Klee et Kandinsky éditées par les Cahiers d’art en 1929 et 1930. Puis, Zervos se rapproche de Tristan Tzara en privilégiant une approche poétique et subjective de l’art. La revue s’intéresse surtout à des artistes confirmés comme Picasso, dont Zervos entreprend de rédiger le catalogue raisonné dès 1933. En complément à ces publications, Zervos ouvre en 1934 avec son épouse Yvonne la galerie des Cahiers d’art au rez-de-chaussée de ses locaux, rue du Dragon, où il expose les artistes qu’il soutient dans les Cahiers d’art.

La revue est un mode de diffusion initial, relayé dans un second temps par une galerie.
La guerre bouleverse les choix éditoriaux de la revue, dont l’ouverture internationale se manifestait surtout par son intérêt pour l’art allemand. Après la guerre, Zervos ne s’intéresse à l’actualité artistique internationale qu’à travers les œuvres d’artistes étrangers installés à Paris. Mais il ne parvient pas à saisir les occasions qui lui sont offertes de s’intéresser à l’art américain ou de diffuser sa revue aux Etats-Unis : ainsi ne donne-t-il aucune suite aux appels répétés de James Sweeney, alors chargé de la préfiguration du Musée Guggenheim à New York.
Le dernier numéro des Cahiers d’art paraît à l’été 1960, à l’ombre de nouvelles revues plus offensives comme «Verve».

En 1937, « Verve », revue tout aussi ambitieuse, mais prenant le contre-pied des partis pris des Cahiers d’art (tant du point de vue de la forme que des choix éditoriaux), est créée par Tériade.

Après avoir collaboré aux Cahiers d’art, Tériade crée en 1933, avec l’éditeur Albert Skira, la revue surréaliste Minotaure qui met l’accent sur les œuvres et les contributions d’artistes. Avec « Verve » qu’il lance en 1937, il réalise une revue luxueuse qui prend le parti inédit de proposer un grand nombre d’illustrations en pleine page, utilisant toutes les techniques d’impression en couleurs : quadrichromies, héliogravures et même lithographies pour la publication d’œuvres originales d’artistes renommés comme Masson, Kandinsky ou Miró.

Cette présence de la couleur vaut à Verve d’être couramment qualifiée de « plus belle revue du monde ». Tous les numéros comportent des compositions originales lithographiées. Dès ses premiers numéros, la photographie y occupe une place de choix qui la hisse au même niveau que les œuvres picturales présentées dans la revue : le numéro 1 publie des photos de Brassaï, le numéro 2 des images d’Henri Cartier-Bresson ou de Bill Brandt…
Les couvertures sont confiées à des artistes : la première est d’Henri Matisse, la seconde de Georges Braque, la troisième de Pierre Bonnard… Des numéros spéciaux sont consacrés aux artistes qui lui sont chers : plusieurs numéros sur Matisse, Marc Chagall, Picasso ou encore Bonnard, un peintre écarté des Cahiers d’art qui connaîtra grâce à Verve un grand succès aux Etats-Unis. En effet, la revue, publiée en français et en anglais, vise d’emblée un public international et s’allie dès sa fondation avec un groupe d’éditeurs américains qui souhaite diffuser l’art français aux Etats-Unis.
La revue accomplit le programme que Tériade annonçait dès le premier numéro :

«Verve se propose de présenter l’art intimement mêlé à la vie de chaque époque et de fournir le témoignage de la participation des artistes aux événements essentiels de leur temps. Verve s’intéresse dans tous les domaines et sous toutes ses formes à la création artistique».

Vous pouvez consulter ces revues sur demande au bureau du premier étage de la bibliothèque Bonlieu (secteur Patrimoine).

Les références à présenter sont :

Verve : revue artistique et littéraire, n°35-36 (vol.IX), Fonds Ancien, cote : f° 229
Verve : revue artistique et littéraire, n°8 (vol. II), Fonds Ancien, cote : f° 227
Cahiers d’art, année 1960, Fonds Ancien, cote : 4° 3441
Cahiers d’art, année 1938, Fonds Ancien, cote : 4° 3361
Cahiers d’art, année 1939, Fonds Ancien, cote : 4° 3414

Article de Frédérique – Patrimoine/Bibliothèque Bonlieu

Pour aller + loin :
Site du Musée Tériade
Article sur la genèse de « Jazz »
Matisse & Tériade, le peintre et l’éditeur d’art

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