« Rose Goret » – G. Farasse, M. Rassineux et F. Da Ros

ose Goret (Ed. à Montreuil : François Da Ros, Typographe : Anakatabase, 2005) est un ouvrage d’artiste de 28 x 40 cm, en coffret-reliure de bois de châtaignier et impression sur « peau-de-la-bête » : cuir rouge.

Nous conservons, à Bonlieu, l’édition originale numérotée de 15 exemplaires : exemplaire 7/15. Pour l’anecdote, le bois utilisé pour les quinze coffrets provient du parquet de l’artiste et le cuir a été chiné en brocante, ce qui fait de cet ouvrage une « œuvre originale » partiellement recyclée.

Ce livre comporte un texte inédit de Gérard Farasse et treize gravures originales sur cuivre composées et tirées par Martine Rassineux. Le graphisme se distingue par les contrastes entre finesse et épaisseur du tracé, les formes sont épurées à la manière d’un croquis.

Les gravures représentent toutes des cochons dodus, souriants ou rieurs ; l’animal, longtemps méprisé, à la fois familier et merveilleux, comme en témoignent l’abondance des textes ou des œuvres d’art qui le mettent en scène, est ici présenté d’une façon positive, esthétique et sensuelle qui n’est pas sans rappeler l’opinion flatteuse qu’émettait l’essayiste Chesterton :

« Les contours d’un porc, j’entends d’un porc vraiment gras, sont parmi les plus ravissants, les plus opulents qu’offre la nature. Ce sont les mêmes superbes courbes, à la fois lourdes et gracieuses, que l’on voit dans les volutes des nuages ou dans les flots impétueux d’un torrent ».

La typographie et la réalisation matérielle de ce livre de bibliophilie qui, par la présentation en coffret, s’approche du livre-objet, est signée François Da Ros. La tranche de l’ouvrage présente les quatre lettres du mot « Rose », disposées comme les quatre points cardinaux inversés : le « o », le « s » et le « e » correspondent à l’est, au sud et à l’ouest tels que l’indiquent les boussoles, le « r » (qui désigne l’initiale du titre mais aussi celle du nom de l’artiste) remplaçant le nord. Ce titre s’apparente à une rose des vents en miroir.

Sur le plat figure un cochon de profil, la suite du titre (« goret ») semble suivre un tracé sinueux invisible, qui prolonge en quelque sorte la queue de l’animal. L’ouvrage se referme avec deux grosses poignées de peau, qui rappellent les oreilles de la bête, comme si celle-ci dépassait du coffret. Comme la tirelire qui s’inspire de l’animal, le coffret renferme un petit trésor, alliance de la littérature, du dessin et de l’art du livre.

La page du titre présente un cochon en pied, de face et debout : Martine Rassineux s’amuse avec la symbolique de la bête, accentuant son anthropomorphisme. François Da Ros joue quant à lui avec la typographie, le mot « Rose » apparaît à l’horizontal tandis que le mot « goret », à la verticale, épouse la forme de la queue du cochon.

Le texte de Gérard Farasse est partagé en trois typographies différentes, au plomb mobile, dont la composition a été entièrement réalisée à la main. Les caractères utilisés sont le Franklin, le Dafillo et le Rolando, avec alternance de tons : certaines parties du texte sont en noir, d’autres en gris. Le texte revient sur la présence allégorique de l’animal dans deux gravures (La tentation de Saint-Antoine et Pornocratès) de l’artiste Félicien Rops que Gérard Farasse détaille et analyse : le peintre expliquait ainsi à Octave Mirbeau son mépris des faux artistes et sa préférence pour un art qui reflète la nature telle qu’elle est et qui prend sa source dans le réel, à l’image de ces porcs roses et gras qui fouillent la terre.

« Quoi, c’était cela, ces fiers artistes, ces admirables écrivains, dont on chante la gloire, dont on célèbre le génie… […] Oh ! que j’aime mieux les bouviers et leurs bœufs, les porchers et leurs porcs, oui ces porcs, ronds, roses, qui s’en vont, fouillant la terre du groin, et dont le dos gras et lisse reflète le nuage qui passe ! Que je porte tout ce monde en mépris ! J’aime mieux les porchers et les porcs que ces êtres faussement artistes et véritablement imbéciles ! Oui, les vrais porcs ronds, bien en lard, avec leurs dos roses et satinés, qui reflètent le nuage qui passe ! Les  groins farfouillant dans le sillon brun »

Gérard Farasse, s’appuyant sur cette revendication du peintre, termine son texte sur une citation d’Antonin Artaud disant que toute « la peinture est de la cochonnerie ».

À l’intérieur le bandeau gravé se replie en accordéon, le tissu forme ainsi comme des rouleaux solidaires, qui se déplient au fur et à mesure et découvrent, une fois ouverts, le groin de Rose Goret, doré à l’or fin. Ce groin, tel un miroir, reflète le visage du lecteur.

L’exemplaire comporte les signatures autographes de l’artiste, de l’auteur et du typographe au colophon. Après impression, les 15 cuivres ont été étêtés et intégrés à chacun des exemplaires.

En outre, les 13 gravures de l’ouvrage, ainsi que 2 gravures refusées ont été tirées en 4 estampes géantes, sur peau de bête, tendues sur un cercle en bois.

Texte tiré du site de l’association Page(s), qui regroupe les éditeurs de bibliophilie contemporaine :

« ce livre est une mise en scène à la fois humoristique et grave du texte de Gérard Farasse, et une réflexion sur le mythe du cochon dans diverses cultures tout en gardant l’affection particulière que notre vocabulaire et la littérature portent à cet animal dont la parabole de Circé témoigne, ainsi que proverbes, jurons et insultes (tête de lard, un vrai boudin, un tour de cochon, un temps de cochon, etc.). A la fin du livre une matrice de cuivre dorée à l’or fin, renvoie au lecteur sa propre image. Pied de nez inattendu qui nous rappelle tout ce que nous devons à cette anatomie si proche de la nôtre… jusqu’à la nursery ainsi nommée par les hommes où naissent les porcelets. »

Vous pouvez demander à le consulter, sur rendez-vous ou dans le cadre d’un vendredi du bibliophile, au premier étage de la bibliothèque Bonlieu (secteur Patrimoine).

Les références de cet ouvrage d’artiste sont :

Rose Goret, Gérard Farasse, Fonds Bibliophilie contemporaine, Cote : BC 66

Article de Séverine – Secteur Adultes/Bibliothèque Bonlieu

Pour aller + loin :
Présentation de Rose Goret sur le site de l’éditeur Anakatabase
Octave Mirbeau et Félicien Rops : l’influence d’un peintre de la vie moderne

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